Une sociabilité débridée 

Différents cercles se font jour autour de la marquise de Voyer et de son époux. Les cercles parisiens, les cercles provinciaux, du grand ouest, de Lorraine et d’Alsace, enfin, les cercles outre Manche, qui ont une importance majeure dans le parcours idéologique du marquis de Voyer.

L’expression de « bonne » ou de « charmante compagnie », est l’expression convenue pour désigner cette réunion d’amis, ce cercle accoutumé à se réunir dans l’intimité des hôtels particuliers du XVIIIe siècle. Celui des Voyer, situé au Palais-Royal, était l’un des plus beau de la capitale du royaume. Esthètes et étrangers se pressaient pour l’admirer. Au terme d’un long processus, les décors de l’hôtel de Voyer, également connu sous le nom de chancellerie d’Orléans, vont renaître dans les bâtiments des Archives nationales, rue des Francs-Bourgeois à Paris. De multiples aspects, développés dans le livre à paraître aux éditions Honoré Champion en 2018, relient, en outre, les Voyer au ducs de Choiseul et d’Orléans. La marquise de Voyer entretien des relations avec Mme de Boufflers qui se présente sans prévenir chez sa « bonne amie », et l’inscrit dans la société du Prince de Conti. Les lettres de Mme de Voyer offrent ainsi une peinture des amitiés, des solidarités féminines et humaines extrêmement fortes qui ont cour dans la société aristocratique, bien avant que la Révolution française ne renforce cet aspect. C’est de cette « société Janus », à la fois féroce, fourbe, calculatrice, mais aussi affable, accueillante et serviable, que le couple se tisse de vrais et d’honnêtes liens, indéfectibles. Organisation de baptêmes, de mariages, accompagnement dans la maladie, parfois, jusqu’à la mort, rythment le quotidien de cette société du lien. Ce couple du XVIIIe siècle est également proche du cercle du ministre Choiseul, notamment par les fonctions militaires que le marquis de Voyer occupe. Il est donc question dans les échanges de madame de Gramont, la sœur de Choiseul, très active dans l’entourage de son frère. La marquise de Voyer reçoit aussi, en son hôtel particulier du Palais-Royal : M. de Genlis,  le baron de Talleyrand (son cousin), Mrs. de Crémilles et de Brassac, Mme de Sérans et « la belle » Caze (admirée par ses contemporains, raillée par Mme de Genlis).

« Comment se porte la bonne compagnie des Ormes ? »

Les membres de cette communauté  cultivent des liens étroits qui ne se cantonnent pas aux obligations de mondanité. La « bonne compagnie des Ormes », leur résidence de province dans le département de la Vienne (86), dont il est beaucoup question dans les lettres, se compose de personnes que l’on pourrait qualifier d’amis de la famille, nobles, roturiers, talentueux et gais.

La « brillante compagnie », quant à elle, est une expression qui désigne les hommes de science, les philosophes et gentilshommes cultivés qui gravitent dans l’entourage du couple et fréquentent régulièrement le château des Ormes. Les Voyer recherchent la présence et les conseils de cette « faculté des ormes », cette « Académie des Ormes » qui alimente les conversations philosophiques et politiques. Elle se compose, entre autres, du moine philosophe Dom Deschamps, de l’encyclopédiste Yvon, de Sénac de Meilhan, mais aussi du comte du Luc, du marquis de La Vaupalière, du comte de Colmont, du marquis de Montazet, du comte de Valogny, du baron d’Arcy,  de Mrs. de Montalembert et de Redmond, des comtes de Valbelle et d’Hautefort, et même de milord Shelburne, le futur premier ministre anglais.

Cette thématique, abordée par Sophie Delhaume dans sa thèse de doctorat, a été le sujet du cycle de conférences historiques lancé au château des Ormes, en juin 2012. Cette journée d’étude a permis de croiser différentes approches concernant l’activation des réseaux à la fin des Lumières jusqu’à la Restauration.

Les actes de cette journée, disponibles aux éditions Narratif rassemble les conférences qui ont été données par :

Christine Roux, professeur honoraire agrégée de Lettres Classiques, spécialiste des correspondances des Lumières, a développé la teneur de la correspondance du parlementaire Roux de Laric, famille à laquelle elle a consacré sa thèse de doctorat et une édition critique autour de deux figures féminines intitulée : Destin de femme au temps des Lumièreséditions Honoré Champion 2012.

Le Prince de Polignac, Membre titulaire de l’Académie Delphinale et de la Nouvelle Société des Etudes sur la Restauration, descendant du prince Jules de Polignac, premier ministre de Charles X, a présenté la progression politique et les réseaux de son aïeul.

François-Louis d’Argenson, diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, descendant des époux Voyer d’Argenson, a présenté son aïeul Marc-René d’Argenson (1771-1842), figure de la gauche française, fils de la marquise de Voyer.

A-S Traineau-Durozoy, docteur en histoire, a présenté le catalogue du fonds ancien de L’Université de Poitiers, abritant les archives d’Argenson.

Sophie Delhaume, docteur ès Lettres, coordonnait cette journée et le cycle de conférences impulsée sur son idée originale.  Sa conférence dressait un diagnostic de l’ascension perturbée des Voyer d’Argenson au XVIIIe siècle.

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