Vingt ans de dialogue épistolaire inédit

Madame de Voyer acquiert ses « lettres de noblesse » grâce à l’importante correspondance conjugale retrouvée dans le fonds ancien de la Bibliothèque Universitaire de Poitiers (86). Écrite durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, entre 1760 et 1782, elle rassemble plus de 600 lettres. L’ensemble de ce texte, transcrit, annoté et analysé paraîtra en 2018 aux éditions Honoré Champion. Les lettres que madame de Voyer adresse à son époux sont précieuses pour l’histoire des idées, des mœurs et des représentations car elles dévoilent le rôle déterminant d’une femme dans la construction de son couple, dans les affaires et l’avancée de carrière de son mari. Le quotidien de Mme de Voyer est celui d’une femme du monde. Il se raconte dans sa frénésie, et dans les liens de sociabilité développés durant cette période particulière de l’histoire de France. Sous sa plume, les événements historiques prennent une autre épaisseur. Son style, tout en finesse et en stratégies de détours et de contournements fait le sel de cette écriture aristocratique, à la fois privée et construite pour subir le regard extérieur portée sur elle. Cette mesure et cette maîtrise des codes langagiers et épistolaires (dictés par les secrétaires, ces ouvrages de formatage des lettres), permet à l‘épistolière d’évoquer des sujets sensibles comme les réticences d’une partie de la noblesse envers Mesdames de Pompadour et du Barry, l’agonie de Louis XV, l’avènement du nouveau couple royal et l’espérance fugace qu’il suscite avant la débâcle des réformes ratées. Le regard qu’elle porte, avec intérêt, sur les progrès scientifiques, et, avec passion, sur les avancées médicales au XVIIIe siècle est symptomatique de la transformation radicale de la place des femmes sur la scène publique. Madame de Voyer a de l’esprit et maîtrise les bienséances. Piquante, elle sait se faire entendre et particulièrement persuasive. Elle possède surtout la tête politique que se doit d’avoir une femme de rang. En ce domaine, elle excelle.

Son nom, d’Argenson, lui ouvre les portes des cabinets ministériels. Le dialogue qu’elle entretient avec son époux reflète l’inscription des femmes dans l’histoire de cette période pré-révolutionnaire qu’elle analyse avec perspicacité. Sa correspondance permet également de suivre sur plus de vingt ans la construction d’un chemin de vie, et d’une personalité du XVIIIe siècle à travers une écriture qui demeure le fil rouge de son histoire personnelle, jamais imaginée autrement que reliée à celle de son époux.

[B] portrait Marquise 2 MG
Madame de Voyer et ses trois filles Aline, Constance et Pauline, Pastel, auteur inconnu

L’activité littéraire : une autre Mme de Lambert

Si l’état actuel des premières recherches menées ici n’autorise pas à qualifier la marquise de Voyer de femme de lettres (aucun écrit, hormis sa correspondance n’a pu, à ce jour, être authentifié), il paraît vraisemblable que l’on retrouve un jour trace de son activité littéraire. Son appartenance à l’Académie des Arcades ou d’Arcadie (société de lettrés fondée en Italie à la fin du XVIIe siècle et active en France au XVIIIe), conduit dans ce sens. Certaines de ses lettres sont de véritables pièces esthétiques où elle aime à mettre en valeur ses mots d’esprit. Un esprit qu’elle trouve à développer dans la société de son temps, avec les amis dont son époux, et elle, s’entourent.

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