Un couple au diapason de la modernité ?

On retrouve dans la correspondance de Mme de Voyer, la métaphore musicale chère aux auteurs du XVIIIe siècle. L’épistolière s’en sert pour décrire les sentiments et les sensations que son époux fait naître en elle. Une sensualité qui se cache, et qu’elle relie sa conscience, à ses sens, à une sexualité littéraire qui s’exprime par une libido sciendi, ciment de son couple. Elle emploie, pour ce faire, l’image du clavecin, que l’on retrouve chez Diderot, mais aussi chez Dom Deschamps, philosophe oublié, mais pas si mineur, si l’on considère que le maître encyclopédiste Diderot entra en contact avec lui et que l’on retrouve dans son Rêve de D’Alembert.

La correspondance intime des Voyer révèle la volonté de créer une harmonie par le biais de la complicité intellectuelle. Familiers des idées neuves qui foisonnent dans ce siècle des Lumières, et à la recherche permanente de nouveautés et d’alternatives, ils se tiennent très informés des avancées de la médecine, comme l’atteste cette lettre de Voltaire adresse à un inconnu :

« Mon âge et mes infirmités, monsieur, ne me permettent pas de répondre régulièrement aux lettres dont on m’honore. Je savais, il y a longtemps, l’heureux accouchement de Mme de Voyer. J’ai été attaché toute ma vie à MM. d’Argenson. M. et Mme de Voyer étaient faits pour braver des préjugés aussi ridicules que funestes ; et tous nos jeunes conseillers du parlement, qui n’ont point eu la petite vérole, seraient beaucoup plus sages de se faire inoculer que de rendre des arrêts contre l’inoculation. Si vous voyez M. et Mme de Voyer, je vous prie, monsieur, de leur présenter mes hommages, et d’agréer les sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, etc.
Voltaire, gentilhomme ordinaire du roi. »

Le sage de Ferney y salue l’initiative du couple Voyer, dans les premiers à se faire inoculer la variole en France (une pratique alors interdite par la Faculté de médecine !) La marquise de Voyer, inoculée dans les années 1760 fait également pratiquer l’inoculation sur ses enfants.

être mère au 18e siècle éducation XVIIIe siècle
Madame de Voyer d’Argenson avec ses filles.  Pastel. Auteur inconnu. Après 1767. Les Voyer feront inoculer leurs quatre enfants
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