Une jeunesse mouvementée

Née de Mailly d’Haucourt, le 12 décembre 1734, Marie Jeanne Constance est le fruit d’une illustre ascendance au service du roi. Elle est l’unique fille vivante du premier mariage du comte Joseph-Augustin de Mailly d’Haucourt (1708-1794), héritier de l’une des plus anciennes familles de la noblesse picarde, dont la branche aînée des Mailly-Nesle est restée célèbre. La mère de Marie, Constance Colbert de Torcy (1710-1734), était nièce du grand Colbert par son père, Jean-Baptiste Colbert de Torcy (secrétaire d’État aux Affaires étrangères) et petite fille du ministre Simon Arnauld de Pomponne par sa mère, Catherine Félicité Arnauld de Pomponne.

Portrait femme célèbre 18 e siècle Marie Jeanne Constance de Voyer d'Argenson
Mme de Voyer d’Argenson. Pastel. Deuxième moitié du 18e siècle. Auteur inconnu

Une alliance de pouvoir

C’est sur cette base qu’elle rejoint la famille d’Argenson par son mariage en 1747 avec Marc-René de Voyer d’Argenson (1722-1782), fils du célèbre comte d’Argenson, ministre de la Guerre de Louis XV. Elle adopte alors le titre de courtoisie de son époux, dit marquis de Voyer, par lequel elle est connue de ses contemporains. Ce titre leur permet de se distinguer de la génération précédente, comte et comtesse de Voyer d’Argenson (branche cadette) ; marquis et marquise de Paulmy d’Argenson (branche aînée, représentée par le ministre des affaires étrangères, René-Louis).

Ce rapprochement entre les Voyer d’Argenson et les Mailly d’Haucourt est, avant tout, une alliance de pouvoir entre deux familles. Les d’Argenson possèdent la puissance que leur confèrent les hautes fonctions qu’ils occupent à la tête de l’Etat. Tandis que les Mailly, très bien en cour (notamment grâce à leurs cousines de Mailly Nesle, maîtresses du roi) entretiennent ce prestige guerrier, fleuron de la noblesse d’épée. Les deux familles, proches du pouvoir, appartiennent, en outre, aux mêmes cercles, comme le souligne l’historien Bernard Hours :

« A partir de la fin 1751, existait effectivement à la cour un réseau lié au secrétaire d’Etat à la Guerre : le marquis de Voyer son propre fils, directeur général des haras, qui avait épousé une fille du comte de Mailly d’Haucourt ; le marquis de Paulmy, son neveu pour qui il obtint la survivance de son secrétariat ; le comte de Maillebois, inspecteur général des fortifications et beau-frère de Paulmy, gendre du marquis d’Argenson. Cette « coterie » ne pouvait faire illusion : destinée à assurer les positions de la famille, elle apparaissait aussi comme un dispositif permettant de mieux contrôler l’administration militaire. »

Deux familles unies dans la disgrâce

Mailly et d’Argenson subissent, quasiment au même moment, les revers de leurs brillantes carrières. Le comte de Mailly est envoyé à Perpignan, loin du centre de pouvoir qu’est Paris, alors que le comte d’Argenson est exilé en son château des Ormes où sa belle-fille lui est d’un grand soutien d’après ce que nous apprennent les mémoires de Marmontel. En visite aux Ormes, l’écrivain se promène avec le comte dans les jardins du château et admire la statue de Louis XV qui y siégeait. Les larmes viennent au comte, nostalgique de son service auprès du roi, rompu par l’exil cruel qui le frappe, Marmontel décrit les tristes jours passés par le comte d’Argenson dans son exil :

« Le soir pendant que l’on soupait nous restions seuls dans le salon. Ce salon était tapissé de tableaux qui représentaient les batailles où le roi s’était trouvé en personne avec lui. Il me montrait l’endroit où ils étaient placés durant l’action ; il me répétait ce que le roi lui avait dit ; il n’en avait pas oublié une parole. « Ici, me dit-il en parlant de l’une de ces batailles, je fus deux heures à croire que mon fils était mort. Le roi eut la bonté de paraître sensible à ma douleur. Combien il est changé ! Rien de moi ne le touche plus. ». Ces idées le poursuivaient, et pour peu qu’il fût livré à lui-même il tombait comme abîmé dans la douleur. Alors sa belle-fille Mme de Voyer allait bien vite s’asseoir auprès de lui, le pressait dans ses bras, le caressait ; et lui comme un enfant, laissant tomber sa tête sur le sein ou sur les genoux de sa consolatrice, les baignait de ses larmes et ne s’en cachait point. »

Très proche de son beau-père, la marquise de Voyer fait le choix de rester près de lui durant son exil. Si bien que son mari n’arrive pas à la convaincre de rejoindre Paris où elle se montrera, relativement à ses attentes, d’une grande utilité pour les affaires qui le concernent, lui et l’avenir de la famille. En effet, sa correspondance conjugale révèle, entre autres, qu’elle s’investit sans compter dans les plans de carrière de son époux.

Une descendance tardive 

Madame de Voyer donnera sa première fille, 15 ans après son mariage, et cela pour différentes raisons détaillées dans l’ouvrage à paraître aux éditions Honoré Champion en 2018. Et c’est à l’âge de 37 ans qu’elle donne, enfin, l’héritier mâle tant attendu. Un parcours de souffrances et de brimades, de honte aussi.  Le couple a quatre enfants :

  • Marie-Marc-Aline de Voyer d’Argenson, 14 juillet 1764- 2 janvier 1812, épouse Paul comte de Murat
  • Marie-Joséphine-Constance de Voyer d’Argenson, 1765-14 février 1784, épouse le marquis de Chabannes
  • Pauline-Renée de Voyer d’Argenson 15 mai 1767- 6 juin 1791, épouse Guy-Marie de Montmorency, marquis de Laval
  • Marc-René-Marie de Voyer d’Argenson, 19 septembre 1771-1er août 1842, comte puis baron d’empire, épouse Sophie de Rosen-Kleinroop (veuve de Charles Louis Victor, duc de Broglie 1756-1794)

C’est en mère « à la mode » que Mme de Voyer prend en charge l’éducation de ses enfants.

Une mort mystérieuse 

Elle meurt le 15 septembre 1783 à Paris, un an presque jour pour jour après son mari, mort le 16 septembre 1782. Son testament et son acte de décès, indiquent que ses funérailles sont célébrées dans sa paroisse, en l’église Saint-Eustache. Probablement inhumée à proximité du mausolée de son aïeul, le grand Colbert, pour les raisons avancées dans le livre à paraître, qui lui est consacré.

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